Les salles obscures n’ont jamais été aussi vivantes, et c’est en grande partie grâce à la jeunesse et aux réseaux sociaux. Là où l’on prédisait la fin du cinéma, les 15-24 ans prouvent le contraire en remplissant les fauteuils rouges, portés par des tendances virales et une nouvelle forme de communication qui bouscule les codes du marketing digital. Décryptage d’un phénomène qui redéfinit l’expérience cinématographique.
Quand les réseaux sociaux deviennent les nouveaux prescripteurs du cinéma
Fini le temps où seuls les critiques papier ou les bandes-annonces à la télévision guidaient les choix des spectateurs. Aujourd’hui, la recommandation passe par TikTok, YouTube ou encore Instagram. Les influenceurs sont devenus des acteurs clés de la promotion des films, jouant un rôle de passerelle entre l’industrie et une jeunesse ultra-connectée.
Ce phénomène a pris une ampleur considérable en 2025 et s’accentue en 2026. Des créateurs de contenus comme Inoxtag, avec plus de 26 millions d’abonnés, organisent des « watch parties » dans des cinémas Pathé, transformant la simple projection d’un film en un véritable événement social. Les affluences records pour des longs-métrages comme La Bataille de Gaulle ou Backrooms, qui totalisent respectivement 5 millions et 1,4 million d’entrées, doivent beaucoup à ces collaborations inédites.
Cette dynamique ne se limite pas aux seuls influenceurs. Des YouTubeurs se sont même reconvertis en cinéastes, comme Curry Barker avec Obsession ou Kane Parsons avec Backrooms, attirant naturellement leur communauté déjà établie dans les salles obscures. Ce phénomène de transfert de notoriété est un exemple parfait de la manière dont le marketing digital s’est réinventé autour de la création de communautés.
Le rôle des influenceurs dans la promotion des films
Les distributeurs l’ont bien compris : ils s’associent désormais avec des célébrités des réseaux sociaux pour susciter l’intérêt de leurs communautés respectives. Cette stratégie repose sur une double logique d’identification et de viralité. En voyant leur créateur préféré parler avec passion d’un film, les jeunes ont envie de vivre la même expérience cinématographique.
Prenons l’exemple de Regelegorila, dont la critique de Fjord, Palme d’or à Cannes, a été sous-titrée « le meilleur film de l’année ». Avec plus de 871 000 abonnés sur TikTok et 375 000 sur YouTube, son avis pèse lourd dans la balance. Le distributeur Le Pacte, qui a sorti le film, reconnaît que ce type de relais est « un tremplin indéniable » pour attirer un public jeune dans les salles obscures.
Cette nouvelle forme de communication ne remplace pas les supports traditionnels, mais elle les complète avec une efficacité redoutable. Les jeunes ne subissent plus la publicité, ils la partagent et se l’approprient. Pour l’industrie du cinéma, c’est un levier précieux pour toucher une audience qui, sans cela, pourrait se contenter des plateformes de streaming à la maison.
Les jeunes, un public toujours plus fidèle aux salles obscures
Contrairement aux idées reçues, la jeunesse ne boude pas les cinémas. Selon l’étude annuelle du CNC, « Le public du cinéma en 2025 », pas moins de 78,6 % des moins de 25 ans se sont rendus au moins une fois dans une salle obscure l’année dernière. Ce taux de pénétration est nettement supérieur à celui des autres tranches d’âge : 67,1 % pour les 25-49 ans et seulement 50,2 % pour les 50 ans et plus.
Cette affluence ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’une tendance lourde : les jeunes considèrent le cinéma comme une sortie sociale à part entière. Aller voir un film entre amis, commenter la bande-annonce sur les réseaux sociaux avant la séance, débriefer à chaud dans la foulée… Chaque étape fait partie d’un rituel collectif qui renforce l’attachement à la grande toile.
Si le recul est très léger par rapport à 2024 (80,8 %), il s’explique par une météo exceptionnelle qui a poussé les jeunes vers les terrasses et les activités en plein air. Rien d’alarmant, puisque la tendance de fond reste résolument positive. Le cinéma n’a pas dit son dernier mot.
L’horreur, un genre plébiscité par la Gen Z
En parlant de tendances, difficile de passer à côté de l’engouement pour le cinéma d’horreur. Les 15-24 ans se sont rués sur des films comme Five Nights at Freddy’s 2 (44,8 % du public), Until Dawn, la mort sans fin (44,1 %) ou encore Black Phone 2 (39,8 %). Au total, un tiers des spectateurs de films d’horreur sont des jeunes.
Ce goût pour la peur n’est pas nouveau, mais il s’amplifie grâce aux défis viraux et aux buzz sur les réseaux sociaux. Les scènes les plus terrifiantes deviennent des mèmes, des réactions filmées, des lives commentés. Tout un écosystème digital se crée autour de ces sorties, incitant les plus réticents à tenter l’expérience cinématographique pour ne pas être laissés de côté.
Les distributeurs l’ont bien intégré, et adaptent leurs stratégies de communication en conséquence. Travailler avec des créateurs de contenus, organiser des avant-premières interactives, créer des filtres ou des effets spéciaux sur Instagram… Les moyens sont nombreux pour attiser la curiosité de cette cible exigeante.
Letterboxd, le réseau social qui change la donne
Autre signe de la vitalité de cette génération cinéphile : l’essor fulgurant de l’application Letterboxd. Ce réseau social, dédié aux critiques de films, a franchi le cap des 30 millions d’abonnés dans le monde en juin dernier. Les jeunes y partagent leurs découvertes, notent leurs séances et découvrent des pépites sans passer par les circuits traditionnels.
Son influence est telle que de grands groupes comme Netflix, Sony Pictures ou Paramount s’intéresseraient à son rachat. Un engouement qui démontre l’importance croissante de ces plateformes dans la prescription culturelle. Pour les salles obscures, c’est un allié de taille : Letterboxd remet la passion du cinéma au centre des conversations, et donne envie de voir des films.
Comment expliquer ce succès? Par le besoin d’exprimer son identité de spectateur et de trouver une communauté qui partage les mêmes goûts. Et cela se traduit concrètement par une envie renouvelée de pousser la porte des cinémas.
- 🎬 Expérience sociale unique : le cinéma reste un lieu de rencontre et de partage incomparable.
- 📱 Prescription virale : les réseaux sociaux transforment les spectateurs en ambassadeurs.
- 👻 Le genre horreur en tête : un moteur puissant pour attirer un public jeune et créatif.
- ⭐ Letterboxd et cie : de nouveaux outils pour découvrir, noter et aimer les films.
- 🌟 Des influenceurs à bord : ils déplacent les foules et créent des engouements durables.
C’est tout un écosystème qui se solidifie, où le marketing digital épouse la passion brute, et où la jeunesse réinvente sa relation à la pellicule. Le cinéma n’a jamais été aussi social, et les salles obscures en sont les grands gagnants.

Formée en études cinématographiques, elle a collaboré avec plusieurs rédactions culturelles avant de se spécialiser dans la critique et l’actualité ciné. Grande amatrice de festivals, elle suit Cannes et Berlin de près. Son regard allie culture populaire et cinéma d’auteur.